Une familLE

BERLINER · GRÜNBLATT · HAZENSPRUNG · SCHERSCHEN-SCHWARTZENBERG · SWIRC

Illustration par Arina Agora

A Varsovie, Salomon Schwartzenberg et Fajga Berliner, ont eu quatre filles. Toutes se sont mariées. Chaya (Hélena) avec Adolphe Swirc, Laya (Léonora) avec Salomon Grünblatt, Ida avec Herman Shershen et Ita avec Abraham Hazensprung.

Dans les années 1920, trois des sœurs ont quitté leur ville natale avec leur famille. Chaya et Laya sont parties à Lyon, et Ida est partie à Moscou.

Quelle était la raison du départ ? Une
révolution dans l'Empire russe, qui comprenait alors la Pologne ? Des pogroms qui ont commencé à
Varsovie ? A la recherche d'une nouvelle vie alors que les parents sont déjà décédés ?

D'une manière ou d'une autre, grâce au départ, l'histoire familiale s'est poursuivie.
Une statistique effrayante : 80 % des Juifs polonais ont été exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Y compris la famille d’Ita, la seule restée à Varsovie.
Histoire d'un héros
Des lettres de Salek Hazensprung, écrites en polonais dans une écriture gribouillée et enfantine, se
trouvent dans les archives de presque toutes les branches de la famille.
Sa mère Ita, son père, sa sœur Fela sont morts dans le ghetto.

L'histoire du Ghetto de Varsovie est une histoire tragique, mais il y a une place pour les héros. Salek
est l'un d'entre eux. Il devient l'un des leaders du mouvement militant de la jeunesse juive, qui
organise un soulèvement contre les nazis en 1943.
La tentative a échoué, mais a donné à beaucoup de gens l'espoir que la guerre et le génocide
finiraient tôt ou tard.
Berliner
Faiga Berliner avait un frère, Mordko, qui a donné à sa fille le nom de sa sœur. Au début des années 1920, sa petite-fille Brana Jochwet (Blanche) avait l’intention d'émigrer de Pologne vers les Etats-Unis comme son futur mari, Chaïm Abram (Charles) Bresler.

Mais le destin en a décidé autrement : Ils n’ont pas pu trouver de billet pour un bateau en partance aux Etats-Unis. Ils se sont rencontrés à Paris, se sont mariés et sont restés en France. Chaim travaillait comme casquettier. Ils ont eu quatre enfants - David (mort en bas âge), Marcel, Paul et Jacqueline.

Pendant l'occupation, lors de la rafle du "Vél d'Hiv", le chef de famille est arrêté et est mort à Auschwitz. Le reste de la famille échappe à l'extermination grâce à l’aide de la famille Heomet, qui leur trouve du travail en cachant leurs origines juives.
Brana, qui n'avait pas de profession, est devenu vendeuse de vêtements après la guerre. Elle est décédée en 1979.
Grünblatt
Salomon et Léonora Grünblatt arrivent à Lyon avec leurs deux jeunes enfants, Rose et Maurice. Le choix s'est porté sur la France, car Léonora pouvait compter sur l'aide de son demi-frère Paul. David leur est né à Lyon.

Salomon était gravement malade et mourut en 1934. Léonora a dû subvenir aux besoins de sa famille et elle est devenue marchande foraine.

Pendant la guerre, malgré l'aide de la Résistance, Léonora est dénoncée par un voisin. Après un passage en prison, en 1943, elle est tuée à Auschwitz.
Scherschen-Schwartzenberg
Ida Schwartzenberg et Herman Scherschen se sont installés à Moscou dans une datcha en bois à la périphérie de la ville. Il n'y avait pas d'égouts et la maison était chauffée au bois.

Ida dut travailler dans une fabrique de cravates et Herman dans une fabrique de tabac.

Efim, Sofia et Faïna leur sont nés à Varsovie, et Salomon à Moscou.
Ida divorça d’Herman, repris son nom de jeune fille comme Schwartzenberg et l’a donné à ses enfants.

Quelque temps plus tard, Herman mourut d’une tumeur au cerveau.
Swirc
Abraham Swirc, père d'Henri, Maurice, Pierre, Jacques, est décédé peu avant la naissance d'Esther.

Chaya est restée seule à Varsovie avec cinq enfants à charge. Elle a dû envoyer ses deux fils aînés à Lyon chez l'oncle Paul et compter sur le soutien de sa sœur Léonora.

Puis elle s'installe à Lyon avec les autres.

Pendant la guerre, Maurice et Jacques, qui étaient conscrits, sont fait prisonniers, mais Maurice parvient à s'évader à deux reprises, aidé par sa future épouse.
Histoire de lettres
Le «rideau de fer» de l’URSS de l’époque existait également entre les sœurs qui étaient en France et celle de Moscou. Il n’y avait plus aucun contact.
Mais l’une des filles de Léonora, Rose, n’avait pas abandonné l’espoir de le renouer.
Par l'intermédiaire du bureau d'adresses de Moscou, elle a fait une demande pour rechercher Ida Scherschen et sa famille.
Elle a donc fait parvenir une lettre, mais reçue en mai 1968, au moment des troubles étudiants en France, et quand l'URSS a envoyé ses troupes en Tchécoslovaquie
La lettre n'a pas été envoyée par la poste, mais par un ami qui l'a simplement jetée dans la boîte aux lettres. Selon les mémoires des proches d'Ida, ils étaient très effrayés par ce fait, car en URSS, on pouvait être puni ou perdre son emploi pour avoir des contacts avec des étrangers.
La lettre a été lue et détruite. On ne sait pas s'ils ont essayé d'envoyer une réponse, s'ils l'ont envoyée ou très probablement pas.
54 ans plus tard, Dominique Herbreteau a envoyé une lettre à Sergeï Safronov via le site Web My Heritage. Selon les résultats d'un test génétique, 2,4 % de ses gènes correspondaient à ceux de son frère Jean-Pierre. Cette lettre a enfin permis de rétablir le lien entre les familles, après 100 ans d’inconnu !
Auteurs
  • Dominique Herbreteau (Grünblatt)
    Lyon
    Née à Lyon. Mère de Pierre, Thomas, Alexandrine, Clémentine. A travaillé comme administrateur,
    traductrice, secrétaire. Elle aide actuellement son mari dans l'entreprise familiale. Passe-temps :
    généalogie.
  • Sergueï Safronov (Schwarzenberg)
    Barcelone
    Né à Moscou. Le père de Fédor. A travaillé comme journaliste, organisateur d'événements,
    spécialiste des relations publiques. Il est actuellement rédacteur en chef d'une publication d'affaires
    électroniques. Passe-temps : généalogie
  • Bernadette Bresler-Wauquier (Berliner)
    Née à Annecy, retraitée ancienne comptable d'une Holding représentant pour toute la France la marque CATERPILLAR. Résidante dans un village rural de Seine et Marne près de Melun depuis 40 ans. Mariée j'ai une fille et un fils, 3 petits-fils (2 de 9 ans pas jumeaux mais cousins, 1 de 7 ans). J'ai 2 passions, la miniature au 1/12e plutôt vitrines que maisons de poupées et la généalogie que je pratique depuis 1986. Nos escapades se font toujours en camping-car, nous faisant vivre des choses que seul ce moyen permet.
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